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les gens qu’on aime #13

Le défi du Dr Caso. Aujourd’hui, quelqu’un dont on ne se souvient plus du nom.

Je vais te dire, ce thème là me coince encore plus que le précédent. Dès que je pense à quelqu’un, son nom apparaît, c’est presque effrayant, c’est mon cerveau qui indexe comme ça ? Je triche encore un peu, tu m’en veux pas, je choisis quelqu’un dont je n’ai jamais connu le nom.

Je ne sais pas si je peux dire que c’était les débuts d’internet. Disons que l’internet était un petit garçon qui savait déjà faire pas mal de trucs, mais qu’il était encore loin d’avoir du poil sous les bras. J’ai commencé à écrire mon journal en ligne en 2000 ou 2001. J’écrivais déjà depuis des années dans des cahiers (pourquoi ? parce que je ne pouvais pas faire sans écrire), les cahiers s’empilaient, c’était encombrant et embarrassant et incomplet, j’avais tout à la fois peur d’être lue par quelqu’un qui tomberait dessus, et l’envie d’être lue parce que c’était trop bête de laisser tous ces mots enfermés, j’aurais adoré lire le journal d’une inconnue. Internet a permis ce qui était jusqu’alors impossible : la possibilité de n’être lu que par des inconnus. On s’est appelés diaristes, puis blogueurs. Au début nous étions trente, peut-être, cinquante. Je me souviens d’une bonne quinzaine sans effort. J’en ai rencontré peu (euphémisme), une jeune femme qui cherchait un hébergement sur Paris pendant quelques jours et que j’ai accueillie avec plaisir, un type que j’ai reconnu une fois qu’il est monté sur scène dans un concert, un autre croisé en vacances et dont j’ai reconnu le pseudo. J’échangeais des mails avec plusieurs d’entre eux, j’hésite une seconde (qui dure 43 minutes) à vous faire un inventaire à la Prévert mais je renonce, ce serait trop triste cette liste de disparus, je pense aujourd’hui à Xeteras qui s’appelait autrefois les 8 scaroles (et j’ai honte d’avouer que j’ai mis plusieurs mois à comprendre le jeu de mots !). J’aimais beaucoup la poésie, l’élégance de ses textes, j’aimais son regard sur la ville, sur les gens. A un moment où j’étais envahie (et empêchée) de questions sur mon format d’écriture, il a su me dire gentiment que j’étais libre de faire comme je voulais, c’est tout bête mais ça m’avait fait un bien fou.

Je pense souvent à lui quand j’attrape une conversation dans la rue, quand je suis témoin d’une petite histoire du quotidien comme il aurait aimé, quand je vois la ville qui se reflète dans une flaque.

Je pense à lui à chaque fois que je vois des grues.

Je me demande, j’imagine parfois où il en est, ce qu’il fait, est-ce qu’il a des enfants, est-ce qu’il a quitté Paris, est-ce qu’il est heureux ?

C’est étrange comme des gens qu’on n’a jamais connu peuvent nous manquer.

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3 réflexions sur “les gens qu’on aime #13

  1. Ahhhhhhh que tout ça me fait remonter des souvenirs!!! Pareil pour moi! J’ai rencontré beaucoup de blogueurs (une bonne cinquantaine au moins), mais il y en a certains que je n’ai jamais rencontrés et qui ont disparus et qui me manquent terriblement et… c’est vrai que c’est bizarre 🙂

    • Oui, c’est vraiment étrange… en plus, je me dis qu’ils ont arrêté d’écrire mais je me demande pourquoi ne donnent ils pas au moins des nouvelles une fois de temps en temps ? Est-ce qu’ils ne pensent plus jamais à « nous » ? 🙂

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