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les gens qu’on aime #14

Je joue toujours au défi du Dr Caso. Aujourd’hui, quelqu’un qui est un.e voisin.e.

Depuis que je suis arrivée dans cet appartement, j’ai rencontré pas mal de mes voisins, mais je ne peux pas dire que je les aime.

Je les aime bien, disons, à condition d’oublier la vieille dame du 9e qui est venue se plaindre du bruit un lundi après-midi alors que je faisais de la couture en écoutant France Culture, et qui m’a envoyée bouler quand l’ascenseur est tombé en panne et que je proposais de faire ses courses. Tant qu’on y est, oublions aussi le type du 7e qui est aimable comme une porte de prison et refusait de me croire quand je lui disais que je n’avais aucune fuite chez moi.

J’aime bien la dame d’en face, qui n’est pas très marrante (mais je crois qu’elle a des sacrées bonnes raisons pour ça), elle m’a rendu service maintes fois et fait prospérer mes plantes pendant mon absence. J’aime mieux la fofolle de droite (je parle du palier et pas des opinions politiques) qui a toujours plein de copines chez elle, et qui m’explique souvent des trucs improbables sur l’histoire de l’immeuble et de ses occupants. J’aime bien le couple de baba-cools du 10e avec qui j’ai épongé le palier en bavardant, un samedi après-midi de dégât des eaux, j’aime bien aussi leur voisine d’en face qui va souvent chez le coiffeur et qui est fâchée avec le gardien (tout comme, j’ai l’impression, un habitant sur deux). Il y a aussi le couple de garçons du 5e qui sourient tout le temps et me complimentent régulièrement sur ce que je porte (ils aiment les couleurs fabulous, moi aussi !), ils avaient sympathisé avec J. et quand ils s’étaient étonnés de ne plus voir « mon garde du corps », en apprenant que c’était fini ils avaient crié comme des petits chiots qui auraient perdu leur maman, j’avais bien ri(*).

(ça vaudrait le coup de faire une nouvelle version de « Dans mon HLM », non ? ouais, non, ok.)

Mais tout ça, c’est pas grand chose comme amitié, je n’ai jamais invité aucun de mes voisins actuels à un apéro, encore moins à un dîner. Je ne suis pas sûre que j’oserais, on verra d’ici quelques années (et deux ou trois dégâts des eaux !).

Mon histoire de voisin commence bien plus tôt.

Je suis partie de chez mes parents en septembre 98, pour mes études. Le matin de mon déménagement, très (beaucoup trop) tôt, en chargeant la voiture avec mon père, je lui dis que je ne réalise pas que je m’en vais pour de bon, et lui de me répondre tranquillement « vraiment ? moi je suis même étonné que tu sois restée jusqu’à maintenant, je pensais que tu partirais tout de suite après ton bac. ». Quelques heures plus tard, je refermais, seule, la porte de mon nouveau studio. J’étais arrivée dans une ville que je ne connaissais pas du tout, dans un immeuble qu’on appelait « la meuh »** pour « la Maison des Élèves », 120 appartements identiques ou symétriques, quatre étages d’élèves ingénieurs qui m’étaient tout aussi inconnus. Quinze jours plus tard, la majorité d’entre eux étaient devenus des copains, et quelques uns étaient déjà des amis.

Mon voisin d’en face était T., un grand type qui portait une crête et des New Rocks, qui écoutait du métal hyper fort (et parfois tout doucement, je trouvais ça très mignon !) et me demandait conseil pour trier son linge avant de faire une lessive. Je l’aimais bien mais nous n’avons pas été proches tout de suite, il m’était un peu effrayant avec sa façon d’être d’autant plus sérieux qu’il était bourré, je lui paraissais un peu idiote avec ma façon d’être toujours enthousiaste pour tout.

Nous sommes devenus amis quand nous avons été voisins pour la deuxième fois, à quelque chose comme 1700km de là. Il habitait au bout de la rue, j’étais au numéro 11 et lui au 19. Tous les immeubles se ressemblaient mais il était facile de ne pas se tromper car nous étions chacun à une extrémité du plus haut plateau de la colline, pour aller d’un appartement à l’autre, il suffisait d’aller tout droit et de s’arrêter juste avant les escaliers (je me demande combien de fois cette facilité nous a sauvé la vie, dans ce pays de fou où il pouvait faire -20°C pendant des jours). Nous avions tout un paquet de copains chacun de notre côté, et pourtant nous nous retrouvions souvent en fin de soirée, ou avant les soirées, ou pendant, quand nous étions au même endroit. J’ai une certaine facilité pour le sarcasme, d’habitude je calme cette tendance, mais avec lui qui a la dent encore plus dure que moi, et dans ce pays où personne ne nous comprenait, je pouvais me lâcher sans limite. Nous nous moquions en permanence de tout et de tout le monde, nous étions absolument horribles et je crois n’avoir jamais autant ri avec personne. C’était à la fois hilarant et honteux. Je me souviens d’une camarade grecque assez costaud qui sortait avec un italien petit et frêle, ce couple à la Faisant nous inspirait beaucoup, nous l’appelions « la rotondité de cette cucurbite » et lui « le sandwich SNCF » sans avoir besoin de nous cacher, ils nous appréciaient beaucoup car nous étions tout le temps en train de plaisanter.

You french people, always laughing together !

Il m’a emmenée quelques fois dans des concerts de métal, j’aimais beaucoup ces soirées dans des bars un peu glauques où le spectacle était autant dans la salle que sur scène. Avant de sortir, nous nous retrouvions dans sa chambre, il essayait péniblement de faire de moi une métalleuse acceptable. Ses colliers de chien pendaient dans mon décolleté, ses TShirts m’arrivaient aux genoux et ses bracelets de force tenaient à peine au niveau de mes biceps. L’illusion avait quelques défauts. Cela dit, il était très doué pour me mettre du khôl sur les yeux, même après plusieurs verres d’alcool de patates (allongé de jus de fruits, on n’est pas des bêtes !).

Après avoir quitté le pays de fous, nous sommes restés en contact quelques temps, et quelques années plus tard, nous avons été voisins pour la troisième fois, dans une troisième ville, cette fois totalement par hasard. J’étais en colocation avec une copine qu’il n’aimait pas trop (et ça m’arrangeait bien parce qu’elle avait couché avec à peu près tous mes potes, ça me faisait plaisir que l’un d’eux résiste à cette sirène !), il avait un deux pièces peut-être 50m plus loin. Son travail l’envoyait souvent en déplacement à l’étranger et il m’invitait presque toujours le soir de son retour pour manger une pizza et goûter l’alcool qu’il avait rapporté. Il était très fort pour imiter les accents étrangers, il me faisait pleurer de rire. Au milieu de toutes ces ricaneries, nous avions de grandes discussions sur la vie, l’univers et tout le reste (le cul, donc). Je me souviens qu’une fois que je lui disais m’inquiéter d’avoir blessé un gentil garçon, il m’avait assuré que les garçons ne peuvent jamais être blessés que dans leur ego, parce qu’un mec n’est jamais amoureux, tout au mieux il est accro au confort d’être avec une meuf qui sait le sucer comme il aime.

Tu n’imagines pas combien de temps ça prend d’apprendre à une meuf à te sucer exactement comme tu aimes ! Je revois encore son expression si sincèrement convaincue (et j’avoue que parfois, je me demande s’il n’a pas un peu raison).

J’aurais pu le choisir comme « quelqu’un qui habite loin », il est retourné vivre dans le pays de fou où il peut faire -20°C plusieurs jours d’affilée (ce n’est pas un mauvais calcul de prendre une longueur d’avance sur le réchauffement climatique). J’aurais pu le choisir comme « quelqu’un qu’on n’a pas vu depuis longtemps », ça fera bientôt dix ans que je n’ai pas trinqué avec lui. vous aurez compris que j’aurais aussi pu le choisir comme « quelqu’un qui nous fait rire ».

*il faut dire que je n’étais pas du tout triste, je venais de rencontrer T. et après notre first date si simple, si joli, si évident… j’avais de la joie qui débordait de partout, c’était super chouette.

**les élèves ingénieurs semblent avoir quelques problèmes d’élocution, quand ils sont en groupe. Ne faites pas attention.

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