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les gens qu’on aime #15

Je joue toujours au défi du Dr Caso. Aujourd’hui, quelqu’un qui nous a donné quelque chose de précieux.

Je possède peu de choses intrinsèquement précieuses. J’avais été effarée des tranches possibles pour assurer ses biens en cas de cambriolage, la première tranche va jusqu’à 9000€. La première fois que je me suis retrouvée devant le formulaire, j’avais commencé à compter mentalement, machine à laver, ordinateur, machine à coudre, réfrigérateur, four… Toutes mes possessions mises bout à bout sont loin d’atteindre le premier palier.

J’ai quelques bijoux auxquels je tiens beaucoup, hérités de mes grands parents. La petite croix huguenote en argent que portait mon grand-père quand il était enfant, la jolie croix huguenote fleurie de ma grand-tante, l’alliance et la chevalière de mon arrière-grand père, que je n’ai pas connu, mais que ma grand-mère portait en souvenirs de ses parents. Quand j’ai une journée particulièrement difficile devant moi, quand j’ai besoin de toute l’énergie, la protection possible, je porte ces bagues et leur présence me rassure.

C’est ma grand-mère qui m’a donné ces bijoux, quelques années avant sa mort, alors qu’elle mettait ses affaires en ordre.

Ma grand-mère est née en 1923, à Montauban. Elle a passé toute sa vie dans un rayon de quinze kilomètres autour de son lieu de naissance. C’est la personne la plus sociable que j’ai jamais connue. Enfant, je détestais me promener avec elle car elle connaissait tout le monde et s’arrêtait tout le temps pour bavarder. Elle tenait la boutique de mon grand-père, la mercerie du village, en face de l’église. On y vendait toute sorte de boutons, d’élastiques et de galons, mais aussi des plombs pour la chasse et des bombes de laque pour les cheveux. Quand ma grand-mère ne travaillait pas dans la boutique, c’est qu’elle rendait service à un voisin ou qu’elle œuvrait pour la paroisse. Toujours calme, jamais inactive. A la maison, elle cuisinait pendant des heures, balayait tout le rez-de-chaussée trois fois par jour et nettoyait la vitre de la cheminée avec un produit spécial. Le soir, elle s’asseyait parfois un moment pour regarder la télévision avec nous mais, incapable de rester passive, elle commentait tout ce qu’il se passait dans le poste.

Ma grand-mère n’a pas fait d’études, elle ne lisait jamais, mais elle connaissait des milliers d’histoires de gens. Un de mes grands plaisirs quand j’étais en vacances chez elle, c’était le petit déjeuner. J’étais généralement la dernière à me lever, mon bol était tout seul à m’attendre sur la nappe à carreaux de la cuisine. Je mangeais des madeleines tandis qu’elle reprenait une tasse de chicorée en préparant le repas de midi, et nous bavardions. Je lui racontais l’intrigue de mes romans préférés, mes histoires de copains, de profs pénibles ou ridicules, je lui racontais mes voyages et lui expliquais pourquoi je préférais les maths au français. Elle me racontait son enfance, les tracts de la résistance qu’elle imprimait la nuit, les histoires des voisins et de leurs enfants, et cette fois où elle s’était fâchée quand une dame trouvait que 200F c’était trop cher pour une couverture qu’elle vendait,

Madame, vous voyez vos deux billets de cent francs ? Hé bien ce soir, couchez-vous dessous, et vous verrez que vous aurez bien chaud !

En 97 ou 98, mes parents avaient insisté pour que mes grands parents viennent passer une semaine chez nous, ce fut je pense leur plus grande aventure ! Nous en avions profité pour passer une journée en Angleterre, et ma grand mère qui ne parlait pas un mot d’anglais était comme un poisson dans l’eau. Elle baragouinait un mélange de français et d’occitan, utilisait des gestes tout à fait évidents mais auxquels nous n’aurions jamais pensé, elle n’avait aucun problème pour se faire comprendre et nous en étions tous impressionnés.

Une fois que j’ai commencé à travailler, je n’allais plus la voir qu’une fois par an, à Noël en général. Nous nous téléphonions de temps en temps, de longues conversations dans lesquelles elle n’oubliait jamais de me demander :

Est-ce que tu es heureuse, ma chatte ?

Je n’ai jamais douté que ma grand-mère m’aimait. J’espère qu’elle savait combien je l’aime.

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