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les gens qu’on aime #18

Je pensais prendre un peu d’avance en écrivant le texte du jour dans l’après-midi mais en ouvrant l’éditeur je réalise que je suis en retard, j’ai oublié celui d’hier. Peut-être parce que c’était mon anniversaire, peut-être parce que j’étais mortifiée d’avoir fait mal à quelqu’un que je croyais en sécurité, hors de portée. Peut-être parce que je n’ai pas de suite dans les idées.

Bref, aujourd’hui, avec un peu de retard dans le défi du Dr Caso, quelqu’un qu’on a connu quand on était jeune.

Puisque je suis toujours jeune, je vais plutôt vous parler de quelqu’un que j’ai connu quand j’étais petite*.

J’ai rencontré Anne en CE1. J’étais arrivée dans la classe avec quelques semaines de retard, le temps que mon institutrice de CP réalise que je savais déjà lire et obtienne mon changement de niveau pour m’éviter de devenir folle à force de m’ennuyer en classe**.

La maîtresse du CE1 m’a installée à côté d’Anne et nous sommes évidemment devenues amies. Elle avait de longues tresses blondes et des lunettes, elle était calme et bonne élève, même si elle avait une toute petite écriture qui la rendait difficile à relire et la condamnait à de mauvaises notes en « tenue de cahier ». Elle portait des vêtements étonnants, je me souviens d’un gilet rose à torsades, et elle avait de grandes dents de devant, cela lui valait souvent des moqueries. Cela me rendait furieuse, je la défendais en hurlant, je me souviens même une fois être montée sur ma chaise en classe pour crier sur ces andouilles qui faisaient semblant de lui couper une tresse pour l’embêter (comme quoi c’était bien la peine de me changer de classe pour que je me tienne tranquille). Je n’étais déjà pas mauvaise pour foutre la honte aux imbéciles, dans un style un peu brouillon.

Au contraire des autres élèves, Anne ne vivait pas dans le quartier mais à plusieurs kilomètres de là, en pleine campagne. Ses parents la déposaient en voiture à l’école et ça me paraissait très exotique. Je suis souvent allée chez elle, pour un après-midi ou un week-end. Elle n’avait pas de frères et soeurs mais avait un gros chien qui bavait beaucoup. Elle avait une chambre immense sous les toits et des milliers de bouquins et de bandes dessinées, nous lisions parfois tout l’après-midi affalées chacune d’un côté de son lit, nous échangions les bandes dessinées quand nous avions fini. Tout près de chez elle, se trouvait un enclos avec des chevaux et des ânes que nous soudoyions avec des carottes pour qu’ils nous laissent les caresser.

Nous sommes restées inséparables jusqu’en sixième, où elle a intégré un collège privé près de chez elle. Nous nous sommes vues sporadiquement pendant quelques années, des moments très drôles où elle m’apprenait des mots d’allemand et moi des mots d’anglais, nous parlions des heures de nos histoires de règles, de boums, de garçons, et de nos projets professionnels (enfin, plutôt, elle m’expliquait pourquoi elle était sûre de vouloir devenir vétérinaire, et moi je lui donnais mon idée du moment, boulangère, comédienne, avocate, géologue, fleuriste, peintre en bâtiment…). Nous repartions avec une pile de romans que nous avions mis de côté chacune l’une pour l’autre.

Je me demande pourquoi nous n’avons pas correspondu.

Parfois je cherche son nom dans Google mais je ne trouve rien de plus récent que le lycée qu’elle a fréquenté.

*celui qui se dit ici que je suis toujours petite n’a pas franchement tort, mais vous voyez ce que je veux dire !

**si vous voulez mon avis, c’était une belle connerie. Certes, je devais m’ennuyer donc être insupportable (oui, chez moi, il y a un lien de causalité direct), mais il aurait suffi de me coller un bouquin ou deux (ou quatorze) entre les mains et j’aurais été parfaitement sage et heureuse.

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2 réflexions sur “les gens qu’on aime #18

    • Merci 🙂 il y a à peu près autant d’avantages à être petit que grand, je me suis habituée ! L’autre jour, j’achetais du tissu pour un manteau et j’hésitais sur le métrage. Je demande conseil au vendeur, qui me regarde de haut en bas pour estimer, et finit par me dire que j’ai de la chance d’être « économique » hihihi !

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